UN AUTEUR

Comédien, auteur et metteur en scène, Benjamin Abitan a été formé à l’Université de Paris 8 (Saint-Denis) et au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Il écrit et met en scène des spectacles depuis 2004 avec sa compagnie, le Théâtre de la Démesure. Depuis 2010 il écrit aussi des fictions radiophoniques pour France Culture.

SON PROJET

Israël est pour moi une fiction. Pour mon père aussi ; seulement, c’en est une autre. C’est le frottement entre ces deux fictions qui m’intéresse.

Depuis des années, lorsque je reviens à Marseille pour voir mes parents, tout se passe bien jusqu’à ce que nous nous mettions à parler d’Israël. Alors ma mère s’efforce de faire diversion en apportant de plus en plus de plats sur la table, stratégie qui ne suffit pas toujours à contenir l’éclatement de la dispute. Pendant la dispute, mon père doit penser que je suis un militant pro-palestinien endoctriné lors de mes années de fac et victime de la propagande des médias de gauche ; de mon côté, je dois penser que mon père est un vieux réactionnaire incapable de s’avouer qu’il est passé à droite et enfermé dans une conception du sionisme qui n’a pas évolué depuis les années 60.

Que pouvais-je bien faire de cette situation pour lui donner du sens, pour qu’elle ne soit pas complètement perdue ?

Dans cette résidence c’est aussi la rencontre d’une ville qui est en jeu. Si vivre, c’est se raconter sa vie. On pourrait dire ça. Donc habiter une ville, c’est se raconter cette ville. Jour après jour, chapitre après chapitre de l’histoire de sa ville et de sa vie.  Il arrive aussi que, parce qu’on n’habite pas une ville, on se la raconte encore davantage. Jérusalem est un haut-lieu de la fiction, et il y a longtemps que ça dure. Trois fois sainte, comme on dit, et infiniment racontée. Je n’ai jamais vécu à Jérusalem et je me la raconte beaucoup. Mon père aussi, et son récit est très différent du mien. D’autres gens encore m’ont raconté Jérusalem. Tout le monde se raconte sa vie. Est-ce que, comme il y a des villes, il y a des vies qui se racontent plus que d’autres ? Je ne sais pas.

Je souhaite en tout cas mettre à profit cette résidence pour écrire une fiction radiophonique qui pourrait prendre la forme d’un feuilleton. Ce feuilleton permettrait de mettre en perspective les deux visions de Jérusalem, celle du père et celle du fils.  Je voudrais écrire une fiction à l’image de Jérusalem. Une fiction-carrefour, qui puisse rendre compte du spectre des innombrables fictions dont cette ville est le prisme. Histoires de famille et histoires de fous, histoire secrète et vieille histoire.

Pour cela, peut-être,  partir de la situation d’un type qui débarquerait à Jérusalem pour y écrire. Or, il se trouve qu’il a de la famille sur place, des gens qu’il ne connaît pas, qu’il n’a jamais rencontrés. Pourquoi ? C’est toute une histoire. Mais qui n’est qu’un prétexte pour essayer de raconter toutes les autres.

SA BIBLIOGRAPHIE

Théâtre

  • De la solubilité de la culture dans l’eau salée, in Bocal Alger-Vitry-Tunis, Editions de la Gare, 2002
  • De l’importance du fait d’aller où, in Bocal N.I.P, Editions de la Gare, 2002

Cinéma

  • La grosse pompe, moyen-métrage inspiré de l’oeuvre de Michel de Ghelderode, 2005
  • Tout va disparaître, web-série en 10 épisodes réalisée avec des amateurs d’Auray (Morbihan), 2008

 Pièces radiophoniques

  • La Vésicule merveilleuse, feuilleton en 10 épisodes, réal. Cédric Aussir, France Culture, 2011
  • Pascal le lapin (version radiophonique), réal. Cédric Aussir, France Culture, 2012
  • Aujourd’hui vous prenez le train, série de cinq pièces courtes, réal. Cédric Aussir et Alexandre Plank, France Culture, 2012-13

RENCONTRE ET LECTURE

Benjamin Abitan propose une rencontre avec le public pour évoquer son séjour à Jérusalem et lire des extraits du feuilleton radiophonique qu’il a créé durant cette résidence. Autour d’un apéro.